Depuis toujours, j’emmagasine des sons, des images, des bouts de conversations, je ramasse des fichiers audio, je filme des morceaux de vie. Comme si je voulais capturer le moment présent et l’encapsuler, le conserver à l’infini. Le plus beau cadeau que j’ai jamais reçu, quand j’étais enfant, c’est une enregistreuse Lloyd’s. Dans un bel étui en cuir noir. J’aimais voir le ruban mince et brun s’embobiner ou se rembobiner dans un petit boîtier en plastique et savoir que les sons de ma jeunesse y seraient préservés à tout jamais. Plus tard, à l’adolescence, je me suis procuré une ciné-caméra Single 8 - du Super 8 haut de gamme ! - dont la pellicule devait être développée dans une firme spécialisée de New York. Filmer tout ce qui bouge, capter le réel pour ensuite le poster et attendre le résultat au bout de quelques semaines, constituait pour moi un pur moment d’exaltation. Le bonheur ultime, c’était évidemment au moment de recevoir le film développé par la poste, dans une enveloppe capitonnée. Je me revois ouvrir soigneusement l’enveloppe, insérer la bobine dans un projecteur et visionner les images tantôt ratées, tantôt réussies. L’étape suivante était celle de l’élagage et du mix. Couper et jeter les bouts inintéressants, puis re-coller les meilleurs bouts (les «splicer») et, comme par magie, faire revivre un moment à jamais disparu. Probablement pour le magnifier aussi. Au fond, j'ai toujours trouvé la vie un peu fade et j’ai toujours cherché à la rehausser. Un peu comme un chef cuisinier qui ajoute des épices à ses plats, qui nous donne l’illusion de goûter au ciel quand au fond, tout ça, c’est juste du pâté chinois. |
Textes parus (Le Devoir, La Presse)








































































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